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20/03/2009

Muriel Robin : Au secours !

"Spectacle : Muriel Robin crie au secours !'

F-dvd_robinsecours.jpgSon retour sur scène après cinq ans d’absence a été applaudi par le "tout-Paris". Puis par les Provençaux en avril et juin dernier, lors d’un passage à guichet fermé au Dôme de Marseille. Que les amateurs se dépêchent : Muriel Robin achève son tour de France de l’humour et passe une dernière fois dans le sud avant une reprise parisienne de son dernier - et excellent - spectacle intitulé "Au secours".

Dans les méandres de la création de "Blanche neige et les sept nains", version comédie musicale, Muriel Robin en verve, exorcise les démons du passé. L’humour est précis, cinglant et appuyé par les chansons et les chorégraphies de la belle, qui affiche même ses gambettes !

Loïc TORINO-GILLES

Publié dans Kesako en 2006

08/03/2009

Waits/Weill : de l’ombre jaillit la lumière

De "Black rider" à "Dreigrochen opera", en passant par "Lady in the dark" et "Frank’s wild years", la création Waits/Weill a rendu un hommage musical, mardi soir, au bluesman américain et au tourmenté germanique

Comme tombés du ciel, des luminaires viennent caresser de leur clarté le plateau de l’auditorium du Pharo (Marseille). Une intense lumière bleue, échappée du vaste écran qui couvre la scène, l’entoure d’une douceur irréelle. Puis la voix rocailleuse de Kris Dane, chapeau de cow-boy vissé sur la tête, fait voler en éclat cette quiétude.

Les âpretés de cette voix chaleureuse façon Luis Armstrong, viennent s’éteindre dans un mégaphone ; le son est proche des enregistrements du début du siècle dernier... Epatant. Outre Kris Dane, la soprano Judith Vindevogel interprète aussi cette fable grave qui parle "de vies boiteuses et d’amours défaites."

Bienvenue dans Waits/Weill, création contemporaine inspirée des chansons de l’Américain Tom Waits et de l’Allemand Kurt Weill. Une création de 2002 qui a fait swinguer et frissonner 750 spectateurs du Festival de Marseille ce mardi soir, dans un Palais du Pharo à l’acoustique rêvée.

Pour orchestrer le tout, l’enjouée formation bruxelloise "Ictus" a prouvé, s’il le fallait, qu’elle maîtrise à l’extrême l’art de la cacophonie organisée. Treize musiciens enjoués (clarinette, saxo, basson, tuba, claviers, accordéon, percussions...), rodés à l’exercice du "concert portrait" (l’ensemble est aussi en résidence à l’Opéra de Lille), qui ont su mettre en avant "le même génie mélodique subtilement asymétrique" que l’on retrouve chez Waits et Weill.

Le tout, appuyé par la mise en scène dynamique et audacieuse de Fabian Fiorini.

Ils avaient cent-vingt minutes pour rapprocher le blues de Waits aux chansons troubles de Weill (proche de Brecht). Ce furent cent-vingt minutes de bonheur.

Loïc TORINO-GILLES

Publié le 19 juillet 2006 dans Kesako

31/01/2009

La mémoire d'Aix-en-Provence figée par quatre générations de photographes

F-Ely.jpgEn 1888, l’imprimeur Henry Ely décide de "marquer son temps" en immortalisant sur plaques de verre ses concitoyens. Il devient photographe et ouvre le Studio Henry Ely à Aix-en-Provence. La renommée viendra avec son fils Hugo, qui au lendemain de la seconde guerre mondiale, se spécialise dans le photo-reportage. Un métier transmis à son fils Jean et à son petit-fils Jean-Éric. Quatre générations de photographes qui détiennent la mémoire de la Cité du Roy René, en un siècle d’images

Crépuscule du dix-neuvième siècle. Le progrès technique se prépare à révolutionner les foyers français qui connaîtront bientôt l’électricité, le téléphone et bien plus tard, la télévision...

1888. Un imprimeur, Henry Ely, décide de marquer son temps; de l’emprisonner pour l’éternité sur des plaques de verre. À l’aube du vingtième siècle, on n’impressionne pas encore du film photographique et l’appareil photo est imposant. Armé de sa lourde chambre en bois, l’aixois va bâtir le Studio Henry Ely, qui possède aujourd’hui, 100 ans d’images d’archives sur la vie d’Aix et du pays aixois.

 "Comme beaucoup à cette époque, Henry était intéressé par le changement de siècle", raconte son arrière-petit-fils, et successeur, Jean-Eric.

À son niveau, à l’instar de Gustave Eiffel qui bâtissait "le pylône de 1000 pieds" le plus célèbre du monde, son arrière-grand-père veut "laisser son nom dans l’Histoire". Il fait un stage chez les Frères Lumières, à La Ciotat, pour parfaire sa technique et invente, un peu plus tard, une tireuse par contact. Ce système breveté permet de reproduire sur du papier les images des plaques de verre.

C’est le début d’une grande saga familiale, poursuivie par Hugo, Jean et Jean-Éric. Essentiellement portraitiste, Henry a tout de même conscience, dès le départ, "qu’il n’existera vraiment que ce qui a été photographié". L’homme a l’idée du reportage. Le premier date de 1909 : il part avec sa charrette à Rognes photographier les secours qui interviennent sur le tremblement de terre le plus sévère qu’a connu ce petit village.

Prêt à arrêter le temps, il joue aussi chaque année le contre-la-montre au carnaval d’Aix-en-Provence. L’exploit : réaliser les prises de vue au départ du cortège et exposer les photos à la fin du défilé.

LA RENCONTRE AVEC LA PRESSE. Il va rapidement collaborer avec les médias en fournissant des reportages au journal L’illustration, le Paris Match de l’époque. Mais c’est Hugo, son fils, qui va orienter le Studio sur le photo-journalisme. Quelques années plus tard, ce dernier et son fils Jean, tout juste âgé de 16 ans, photographieront la Libération d’Aix mais surtout les atrocités de la seconde guerre mondiale. "Des preuves" qui seront utilisées lors du procès de Nuremberg en novembre 1945.

Jean sera le premier à immortaliser le quotidien des Aixois. Dans le jargon de la presse, on appelle cela "la locale". Les clichés de cette petite et grande histoire de la vie de la ville seront quotidiennement publiés dans le Petit Provençal puis le Provençal et le Méridional.

En 1998, date à laquelle les deux titres fusionnent pour donner naissance au journal La Provence, Jean-Éric, dont 80% des reportages était dévolus à la presse, va intégrer de manière permanente le quotidien. Pour en repartir dix ans plus tard, en 2008, pour poursuivre l’activité du studio familial.

DES ANONYMES ET DES VEDETTES. En plus d’un siècle, les Ely ont immortalisé de nombreux événements. Les grands noms qui ont foulé le pavé bourgeois de la cité du Roy René n’ont pas échappé à leurs objectifs : Edith Piaf, Georges Brassens, Jacques Brel, Mireille Matthieu, Sharon Stone, Tina Turner, Johnny Hallyday... Ni les hommes politiques et les chefs d’états, Winston Churchill, François Mitterrand ou encore Jacques Chirac, qui figurent en bonne place sur le tableau de chasse bien rempli du Studio Henry Ely.

Bien sûr, l’arrivée du numérique a profondément fait évoluer la profession. "Nous avions l’habitude de faire nos propres mélanges, notre propre révélateur, se souvient Jean-Éric. À l’époque du tirage sur papier, on pouvait encore travailler l’image, avec des filtres... Il a fallu apprendre cela avec les logiciels."

L’avenir ? Jean-Éric souhaite faire vivre ce lieu emblématique du passage Agard. "Mon envie serait de transformer le Studio en musée. Mais pour cela, il faut du temps et de l’argent. J’aimerais aussi que ce lieu accueille une école de photo et dispose d’une galerie pour que les jeunes photographes puissent exposer." Continuer au vingt-et-unième siècle cette passionnante vie dont le sel... est d’argent.

Loïc TORINO-GILLES

'Publié dans Kesako en 2006'

 

 

Dans la famille Ely...


Henry ELY (1861 - 1921) Il fallait trente secondes en moyenne pour figer l’image sur les lourdes plaques de verre au format 18x24. Henry Ely, inventeur du studio éponyme, travaillait avec une (encombrante) chambre en bois.

Hugo ELY (1903 - 1974) Il connaît la transition entre les plaques de verre et la pellicule 24x36. Il reprend le Studio en 1921 puis fait l’acquisition du premier Leica, le IIIC. En 1954, il opte pour un autre modèle de cette marque légendaire connue pour la robustesse de ses boîtiers et la qualité de ses objectifs, le MIII.

Jean ELY (1928) Il reprend le flambeau en 1944, à l’âge de seize ans, jusqu’en l’an 2000. Retraité, Jean continue d’armer son Leica MVI au gré des reportages qui le passionnent. Cet Aixois emblématique à la mine débonnaire, a essentiellement travaillé en 24x36 et uniquement sur boîtier Leica. Il les a tous essayé, du MIII et MVI.

Jean-Éric ELY (1957) C’est en 1977, à l’âge de 20 qu’il rejoint son père. Il travaillera avec le Leica MIII de son grand-père, avant d’opter pour un reflex 24x36 de marque Canon, dans les années quatre-vingt. Progrès oblige, il conserve le même type de boîtier mais abandonne la pellicule au profit du numérique, en 2001. Une petite révolution.

L.T.-G.