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12/01/2008

Patrick Poivre d'Arvor : "Pas de respect pour la lâcheté"

ENTRETIEN Rendez-vous est pris à Paris, quai André-Citroën, à quelques pas de la Tour Eiffel. Le journaliste vedette du 20 H de TF1 nous reçoit sur le tournage de son émission littéraire, Vol de Nuit . L'occasion de partager sa passion des livres et de donner son point de vue sur l'ouvrage polémique sorti le 10 janvier.Dans Madame, Monsieur bonsoir (éditions du Panama), qui serait écrit par cinq journalistes anonymes de TF1, on lui reproche son attitude tyrannique...

da2d1c1f61fcf3164c223a0d03ada255.jpgAvez-vous eu entre les mains "le livre qui va ébranler TF1", comme l'a titré un de nos confrères ?

Non... D'ailleurs je ne suis pas sûr que ça l'ébranle. L'éditeur n'a pas eu la courtoisie de me l'adresser. J'ai reçu pourtant beaucoup de ses auteurs dans mon émission...

Vous pensez quoi de cette démarche qui viendrait de l'intérieur de votre rédaction ?

Je n'y crois pas une seconde. Je suis persuadé que tout ceci est faux, que ce ne sont pas des gens de TF1 qui ont écrit ce livre ; comme je connais le rapport que j'entretiens avec chaque journaliste, j'en suis persuadé. Je trouve ça d'une telle lâcheté que je n'ai pas à la commenter. Dans ma vie, je n'ai jamais répondu par nature à une lettre anonyme... et j'en reçois une dizaine par jour. Certaines avec des petits cercueils, d'autres avec des connotations très violentes...

C'est du même ordre ?

Oui. J'ai toujours affronté les gens les yeux dans les yeux. Alors je n'ai pas beaucoup de respect pour tout ce qui s'apparente à de la lâcheté, livre ou lettre anonyme, c'est la même chose. On n'est pas dans une dictature, je ne comprends pas que quelqu'un n'ait pas le courage de se présenter.

Cela vous affecte ?

On a tellement écrit sur moi... (soupir). Il y a une époque où ça me touchait. Plus maintenant.

Parlons de votre émission "Vol de nuit". Comment trouvez-vous le temps d'avaler tous ces livres ?

Ça fait trente ans que je lis un livre par nuit. Comme je suis victime d'insomnies, je n'ai pas trouvé mieux... Hors l'écriture.

L'art oratoire des auteurs pèse pour votre émission ?

Non pas du tout. Souvent je ne connais pas les auteurs. Avant de les inviter, ils me séduisent à travers leur livre. Je ne parle jamais d'un "faux livre", d'un ouvrage artificiel, pas suffisamment personnel... Et puis le style, tout comme la musique, me semble capital ! Ce sont deux choses dont on ne parle plus ; maintenant ce qui compte ce sont les thèmes ! J'essaye de faire de cette émission un lieu d'accueil des romans, car ils ont disparu des plateaux télés. Les romans ont besoin d'être aidés.

Pourquoi la télé ne parle plus des romans ?

La facilité d'aujourd'hui c'est l'instant : « il paraît que, on dit que ». Et il y a aussi un problème qui vient de l'absence de perspective de certains présentateurs qui n'ont pas de références historiques. Moi j'aime les choses qui durent même après la mort (les enfants, les livres, les belles choses). C'est pour cela que je suis à ce point fasciné par la littérature. Et c'est pour cela que je pense que mon métier de "journaliste de l'instant", ne me suffirait pas ; ne me nourrirait pas suffisamment.

Vous vous remettez en cause ?

Bien sûr, je revis chaque JT dans ma tête pendant la soirée. Et il m'arrive de ne pas être satisfait, d'avoir mal placé un sujet...Au début, j'étais excité par cet instant. A présent je pense m'être alourdi et je souhaite que notre métier ait une réflexion sur lui... Mais c'est un combat perdu.

Parler littérature tard dans la nuit, ce n'est pas frustrant ?

Si. Mais je continue malgré tout. Si j'arrête, l'émission ne sera pas remplacée. Alors je me dis quand même qu'il y a 500 000 personnes qui la regardent. Quel auteur ne rêve pas d'avoir 500 000 lecteurs ?

Votre émission littéraire s'arrêtera-t-elle en 2012, comme pour le journal télé ?

Je ne sais pas encore.

Propos recueillis par Loïc TORINO-GILLES

"Vol de nuit", lundi à 1 h 05 sur TF1. Au sommaire notamment Yann Moix et Jérôme Garcin