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19/03/2007

La dame d'Izieu

Dévouement

medium_f-izieu.4.jpg"A vouloir sauver tout le monde, on finira par sauver personne". Abrupte, cette phrase prononcée par Véronique Genest, qui incarne Sabine Zlatin, se révèlera malheureusement prémonitoire. Elle conclut le premier et réussi épisode de La dame d'Izieu, diffusé ce soir sur TF1. Le téléfilm débute en 1987, par le retour dans ce petit village de l'Ain, de la fondatrice de la colonie d'enfants réfugiés de l'Hérault, alors que va s'ouvrir le procès de Klaus Barbie. Symbole de cette "peur de l'oubli", l'héroïne arrache le lierre qui recouvre la plaque sur laquelle est gravé le nom des 44 enfants raflés en 1943 par la Gestapo de Lyon, sous ordre du tortionnaire de Jean Moulin.

Du camp de transit de Rivesaltes au refuge d'Izieu, on admire le dévouement et l'opiniâtreté de cette femme qui a cherché la preuve de la culpabilité du bourreau des enfants juifs. La réalisation est dépouillée, parsemée d'images d'archives, de ralentis et de flash-back. A l'image de l'interprétation, très juste, de Véronique Genest. C'est le traitement qu'il fallait donner à cette histoire romancée, inspirée d'un fait odieusement réel.

 

Izieu pour pleurer...

La deuxième - et dernière - partie, est un peu plus dure. L’histoire se rouvre sur le témoignage de Sabine Zlatin, au treizième jour du procès de Klaus Barbie, alors qu’elle espère « lui faire baisser les yeux ». Mais le dédaigneux bourreau des enfants juifs n’assistera pas à son procès.
Entre rires et émotion, on vit cette année passée à Izieu, « dans cette maison, havre de paix » où l’innocence fut préservée... Jusqu’à ce télégramme du 6 avril 1944, émanant de la sous-préfecture de Belley : « Famille malade… maladie contagieuse ». Les innocents réfugiés et sept de leurs éducateurs (dont le mari de Sabine Zlatin) viennent d’être raflés. Il n’y aura qu’une survivante.
Le téléfilm se referme au moment de l’énoncé de la condamnation de Barbie. Dans la salle d’audience, Sabine Zlatin (admirable Véronique Genest) se retourne et voit les 44 enfants sagement assis. Apaisée, elle leur adresse : « Maintenant que c’est fini, la vie continue ».
Et la mémoire, perdure.

Loïc TORINO-GILLES

"La dame d'Izieu" première partie - TF1 - 12.03.2007

"La dame d'Izieu", deuxième partie - TF1 - 19.03.2007

16/03/2007

Affiche rouge

« Nul ne semblait vous voir Français de préférence/

Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant/

Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants /

Avaient écrit sous vos photos "Morts pour la France"»


Difficile de trouver des mots plus justes que ceux du poète Aragon. La traque de l’affiche rouge, diffusée hier soir en deuxième partie de soirée sur France 2, traitait avec éloquence d’un épisode odieusement sombre de la seconde guerre mondiale. De la méthodique collaboration des enquêteurs de la police française et de la brigade spéciale des Renseignements généraux, qui devait aboutir à l’exécution, en février 1944, des 23 résistants étrangers, pour la plupart des juifs ou des communistes.
Ce programme très documenté (archives inédites, reconstitutions...), revenait avec précision sur la création et la chute de ce réseau de résistants organisé autour de Missak Manouchian.
Hazard de l’acutalité, on ne pouvait s’empêcher d’avoir une pensée émue pour la grande Résistante qui vient de nous quitter. Ce documentaire méritait d’être diffusé à 20 h 50 et devrait être présenté dans les collèges.

L.T.-G.

"La traque de l'affiche rouge" - France 2 - 15/3/07 22h15

10/03/2007

Vers d’exil

Dommage que ce reportage soit si lent. Dans la thema proposée hier soir sur Arte, Entre exil et résistance, Jérôme Prieur s’est intéressé au poète René Char, héros de la Résistance provençale. Sur le parcours discret de cet homme de lettres, ami des surréalistes, qui délaissa l’écriture pour le dessein. Un grand : sauver sa patrie.

Maquisard dès 1941, il devint capitaine Alexandre, chargé de réceptionner les parachutages des alliés. Paradoxe, au moment où « les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri », en référence aux déportés du Camp des Milles, dans une tuilerie près d’Aix-en- Provence, il refuse d’être publié. Un secret irrévocable « aussi longtemps que ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l’innommable situation dans laquelle nous sommes plongés. »

Ce parcours de vie est illustré par de nombreux documents d’archives. Plus curieux, les reconstitutions filmées par son groupe de résistants (avec la petite fille délivrant : « La bibliothèque est en feu », message clandestin qui deviendra un titre de poème). Sa poésie est également présente, lue par René Char lui-même.

L.T.-G.

Arte "René Char, nom de guerre Alexandre", 9.3.7